Alors que les systèmes de pointage sont traditionnellement associés aux employés non-cadres, leur application aux cadres fait l'objet de discussions sur l'équilibre entre contrôle et autonomie en milieu professionnel. Bien que traditionnellement exemptés du pointage, les cadres peuvent bénéficier d'un système de suivi adapté, notamment lorsqu'ils sont en forfait jours. Cette pratique s'inscrit dans une démarche de transparence et d'équité.
Le forfait jours, qu'est-ce que c'est ?
Le forfait jours est un mode d'organisation du temps de travail qui concerne principalement les cadres en France. Encadré par le Code du travail, il organise le temps de travail selon le nombre de jours travaillés annuellement plutôt que sur un décompte horaire hebdomadaire.
Des jours de présence plutôt qu'un décompte horaire
Selon l'article L. 3121-58 du Code du travail, le forfait jours s'adresse principalement aux salariés disposant d'une autonomie dans l'organisation de leur emploi du temps et dont la nature des fonctions ne les oblige pas à suivre l'horaire collectif. Pour être valable, une convention de forfait en jours doit obligatoirement être formalisée par écrit et requiert l'accord du salarié. Elle doit préciser le nombre de jours travaillés dans l'année, qui ne peut excéder 218 jours, sauf accord collectif permettant d'aller jusqu'à 235 jours maximum par an.
Avantages pour les entreprises
Pour l'entreprise, le forfait jours facilite la gestion des ressources humaines car il permet de s'affranchir du décompte des heures, notamment supplémentaires, mais impose une présence sur un nombre de jours défini. L'employeur reste tenu de veiller au respect des durées maximales de travail et des temps de repos. Dans la mesure où le cadre ne suit pas l'horaire collectif, l'employeur est tenu de mettre en place un suivi régulier de la charge de travail et de s'assurer que l'amplitude des journées de travail reste raisonnable. Un entretien annuel doit être organisé pour aborder l'organisation du travail, la charge de travail et l'articulation entre vie professionnelle et vie personnelle.
Avantages pour les salariés
Pour les salariés, le forfait jours confère une plus grande autonomie dans l'organisation du temps de travail. Ils ne sont pas soumis aux durées légales hebdomadaires de 35 heures, mais doivent respecter le nombre de jours fixé dans leur convention. En contrepartie de cette adaptabilité, les cadres en forfait jours perçoivent généralement une rémunération supérieure à celle des salariés aux 35 heures. Ils bénéficient également de jours de repos supplémentaires, communément appelés "jours de RTT", dont le nombre varie selon le forfait établi.
Mais alors faut-il que le suivi du temps de travail des cadres soit réalisé par badgeage ou vaut-il mieux privilégier d'autres solutions ?
Suivi du temps de travail et badgeage des cadres en forfait jours
La question du suivi du temps de travail des cadres au forfait jours suscite des débats. Si ces salariés ne sont pas soumis à un horaire précis, l'employeur doit néanmoins garantir leur santé et leur sécurité, et pour cela effectuer un suivi du temps de travail.
Une obligation légale pour l'employeur
Lorsqu'un employé ne suit pas les horaires collectifs, l'employeur a pour obligation de mettre en place un système fiable permettant de comptabiliser le nombre de jours travaillés. Ce suivi peut prendre différentes formes : auto-déclaration, système de badgeage adapté, ou encore logiciel de gestion des temps. Attention car l'utilisation d'un système de badgeage classique, destiné à comptabiliser les heures de présence, est incompatible avec le forfait jours. Ce dernier repose sur un décompte en jours et non en heures.
Intérêt d'un système adapté de badgeage
Malgré cette restriction, un système de badgeage adapté aux particularités du forfait jours peut présenter plusieurs avantages :
- Faciliter le décompte des jours travaillés ;
- Assurer le respect des temps de repos quotidien (11 heures consécutives) et hebdomadaire (35 heures) ;
- Prévenir les risques de surcharge de travail ;
- Garantir une traçabilité en cas de litige.
Ce système doit toutefois se limiter à enregistrer la présence journalière sans comptabiliser les heures, pour rester conforme à l'esprit du forfait jours et à la jurisprudence actuelle.
Avantages et inconvénients du badgeage pour les cadres
Assurer le suivi du temps de travail des cadres à l'aide d'un système de badgeage est une bonne idée, à condition que la badgeuse soit adaptée à cette comptabilisation particulière.
Uniformité de traitement entre tous les collaborateurs
Le premier avantage d'un système de pointage est l'instauration d'une véritable équité entre tous les collaborateurs. Lorsque tous les employés, quel que soit leur statut, utilisent le même outil de suivi des présences, le sentiment d'iniquité tend à disparaître. Cette pratique contribue à améliorer le climat social de l'entreprise en évitant les perceptions de traitement préférentiel.
Un système de badgeage appliqué à l'ensemble du personnel améliore également la cohésion d'équipe. Les tensions qui peuvent naître en raison des différences de traitement entre cadres et non-cadres s'estompent, favorisant ainsi un environnement de travail plus harmonieux.
Un moyen pour les cadres de suivre leurs jours de présence
Pour les cadres eux-mêmes, le badgeage donne une visibilité objective sur leur temps de travail effectif. Cette transparence peut servir à éviter les situations de surcharge chronique, souvent observées chez les cadres qui ont tendance à prolonger leurs journées de travail au-delà du raisonnable. Le badgeage permet également de documenter précisément les heures de présence, ce qui peut servir de base factuelle lors des entretiens d'évaluation ou en cas de litige. Cette traçabilité protège l'employeur autant que le salarié en fournissant des données objectives sur le temps passé au travail.
Respect des temps de repos
Le Code du travail impose des temps de repos obligatoires, même pour les cadres au forfait jours. Un système de badgeage permet de vérifier que ces périodes de repos sont effectivement respectées, protégeant ainsi la santé des collaborateurs et sécurisant l'entreprise d'un point de vue juridique.
Les limites du badgeage pour les cadres en forfait jours
Malgré ses avantages, un système de pointage pour les cadres présente également certaines limites qu'il convient de prendre en compte.
Une perception négative et contraignante du dispositif
Habitués à une certaine autonomie dans la gestion de leur temps, les cadres peuvent interpréter l'utilisation d'une badgeuse comme un outil infantilisant, signe de méfiance de la part de leur direction. Cette perception négative peut affecter leur motivation et leur engagement. Les cadres valorisent généralement la confiance que leur accorde leur employeur, et tout dispositif perçu comme un contrôle excessif risque d'être mal reçu.
Réduction de la flexibilité horaire
Les cadres bénéficient traditionnellement d'une plus grande souplesse dans l'organisation de leur temps de travail. Si le système ne prévoit pas d'adaptations pour les situations particulières (rendez-vous externes, télétravail, déplacements professionnels), il risque de générer des contraintes administratives supplémentaires plutôt que de faciliter la gestion du temps.
Encadrement légal de l'installation d'une pointeuse ou badgeuse
Le Code du travail impose que l'appareil de pointage soit fiable et infalsifiable. Le terminal doit être approprié à l'activité sans remettre en cause les droits individuels et le CSE doit être informé et consulté avant toute mise en place. À la suite de la mise en place du dispositif, les salariés doivent pouvoir accéder librement aux données comptabilisant leurs heures.
Dans la mesure où l'installation d'un système de badgeage implique le traitement de données personnelles, en installant une badgeuse, l'entreprise s'engage à respecter le RGPD et à suivre les directives de la CNIL :
- Le système ne doit pas servir au contrôle des déplacements à l'intérieur des locaux ;
- Les données doivent être accessibles uniquement aux personnes habilitées ;
- Une traçabilité des actions effectuées sur ces données doit être mise en place ;
- La durée de conservation des données d'accès est limitée à 3 mois ;
- Les données relatives au suivi du temps de travail peuvent être conservées jusqu'à 5 ans.
Le RGPD exige également que les salariés soient clairement informés de l'utilisation d'un système de badgeage. Le non-respect de ces obligations peut entraîner des sanctions de la CNIL, pouvant atteindre jusqu'à 4% du chiffre d'affaires annuel mondial de l'entreprise.
Quels conseils pour intégrer un logiciel de gestion des temps ou une badgeuse
Les systèmes de pointage sont de mieux en mieux adaptés aux besoins des cadres. Ils permettent de réaliser un suivi moins contraignant des jours de présence des cadres et fournissent des données précieuses à l'entreprise. Pour que leur introduction soit acceptée et efficace, ils doivent être intégrés dans une politique RH globale et cohérente.
Formation et communication
La mise en place d'un système de pointage pour les cadres doit s'accompagner d'une communication transparente sur les objectifs poursuivis. Prenez le temps de souligner que le but n'est pas de surveiller mais de mieux gérer le temps de travail et de garantir le respect des temps de repos. Une formation adéquate sur l'utilisation du logiciel de gestion des temps permettra aux cadres de comprendre les fonctionnalités qui leur sont utiles, comme la visualisation de leur propre bilan d'activité ou la gestion de leurs congés.
Adapter le paramétrage aux spécificités des cadres
Le système doit prendre en compte les particularités du travail des cadres :
- Configuration du forfait jours ;
- Prise en compte des déplacements professionnels ;
- Intégration du télétravail dans le suivi du temps ;
- Flexibilité des horaires avec des plages variables étendues.
Pour les entreprises de services, le badgeage des cadres facilite la facturation des prestations aux clients en permettant d'attribuer précisément les heures travaillées à chaque projet. Cette traçabilité améliore la rentabilité et permet d'affiner les estimations pour les futurs projets. Les cadres peuvent également utiliser ces données lors de leurs entretiens annuels pour mettre en valeur leur investissement sur différents projets et justifier d'éventuelles demandes d'augmentation ou d'évolution.